Actualités du sommeil


La précarité est difficile à cerner avec précision. De ce fait, les définitions de cet état pluri factoriel sont nombreuses. Le Robert définit la précarité comme une situation instable sans garantie synonyme d’incertitude et de provisoire. Une définition européenne de la précarité a été adoptée par le Conseil Européen en décembre 1984. Sont considérées comme pauvres « les personnes dont les ressources (matérielles, culturelles et sociales) sont si faibles qu’elles sont exclues des modes de vie minimaux acceptables dans l’Etat membre où elles vivent ». L’arrêté ministériel du 20 juillet 1992 a permis de définir cinq catégories de populations précaires : chômeurs, bénéficiaires de revenu minimum d’insertion (RMI), titulaires d’un contrat emploi solidarité (CES), personnes sans domicile fixe (SDF) et jeunes 16-25 ans exclus du milieu scolaire et engagés dans des processus d’insertion professionnelle. Fin 2004, il y avait 3 435 607 allocataires des minima sociaux. On peut néanmoins estimer que la part de la population en situation de pauvreté ou de précarité représentait 10 à 15% de la population générale.
 
 
La précarité est une source de fragilité pour la santé des individus. Vivre dans la pauvreté, c’est vivre dans les soucis. La pauvreté attaque la santé : le bruit, la pollution, les mauvais logements, l’humidité, l’inquiétude, tout cela use le corps et l’esprit. Les personnes pauvres ont non seulement plus de risques que les autres de contracter une maladie, mais elles ont aussi une espérance de vie plus courte. Dans une étude réalisée sur 704 128 personnes en situation de précarité et 516 607 personnes non précaires ayant consultées un centre d’examens de santé de 1995 à 2002, il a été observé que la plupart des indicateurs de santé étaient altérés chez les personnes en situation de précarité (BEH oct. 2005). D’autres études démontrent également qu’il n’y a pas de pathologies spécifiques de la pauvreté, de la précarité mais des risques plus importants de contracter des pathologies ordinaires : asthme, BPCO, diabète, arthrose, rhumatisme, dépression, angoisse, insomnie … Au plan comportemental, la compensation du « Mal Etre » ressenti par l’individu en situation précaire peut engendrer des conduites addictives (alcoolisme, tabagisme, toxicomanie …), ainsi qu’une surconsommation de tranquillisants, hypnotiques et d’antidépresseurs non propice à un sommeil de bonne qualité.

 

Image1.jpg

Dans une étude publiée dans l’encéphale en 2004, 26,9% des patients en situation de précarité ayant fréquenté les centres d’examens de santé de Bordeaux et de Cenon avaient des troubles du sommeil (19,4% pour les patients du régime général). Il y avait également une association plus marquée entre l’évolution du pouvoir d’achat des salaires nets et la prévalence de la plainte chez les adultes jeunes.

 

Trois sans domicile usagers des services d’aide sur dix se plaignent de graves troubles du sommeil. Les conditions de vie dans la rue (insécurité, froid …) ou en centre d’hébergement (promiscuité …) expliquent en partie ces problèmes. Ainsi, 40% des sans domicile ayant occupé un logement personnel ont perdu le sommeil dans les douze mois, souvent à la suite d’événements douloureux (conflits familiaux, procédure d’expulsion ou recherche d’asile politique) et parmi eux près de quatre sur dix se plaignent alors d’insomnie.

 

Une enquête de l’INSEE (janv. 2002) avait évaluée le temps de sommeil des SDF. Ceux qui vivent dans la rue dorment près de cinq heures et 45 minutes de façon entrecoupée et sept heures dans les centres d’accueil d’urgence. On retrouvait des troubles de l’endormissement chez 50% des SDF et 75% des SDF se sentaient « nerveux et tendus ». Parmi ceux qui vivent dans la rue, 13% souffrent de troubles mentaux, 33% d’état dépressif, 28% de stress. 
 

Cette problématique (Sommeil et Précarité) sera abordée dans le cadre d’une soirée commune avec le Ressource le mardi 8 avril 2008 à 20h30.

Ecrire un commentaire
Voir les 1 commentaires
sur les performances cognitives chez les primates non humains
 
 
Systemic and Nasal Delivery of Orexin-A (Hypocretin-1) Reduces the Effects of Sleep Deprivation on Cognitive Performance in Nonhuman Primates

Sam A. Deadwyler,1 Linda Porrino,1 Jerome M. Siegel,2 and Robert E. Hampson1

The Journal of Neuroscience, December 26, 2007, 27(52):14239-14247

Des nombreuses études ont démontré l’importance du système hypocrétine/oréxine dans la maintenance de l’éveil, mais il semble que l’oréxine A joue aussi un rôle dans la cognition suite à une privation du sommeil. Une équipe de North Carolina a mis en évidence les effets de l’oréxine chez le singe en privation du sommeil. L’administration de l’oréxine a amélioré à la fois la cognition sur les tests psychomoteurs et normalisé les changements dans le métabolisme cérébral induit par une privation du sommeil.

Le test psychomoteur utilisé par l’équipe a montré (voir l’article Porrino 2005, issu de la même équipe) l’augmentation de l’activité dans le cortex préfrontal, dans le striatum dorsale et dans le lobe temporal (y compris l’hippocampe), mesuré par le métabolisme régional de glucose (CMRglc). Une privation de sommeil d’une nuit modifie de façon très significative le métabolisme de glucose, en association avec une diminution très nette de la performance.

L’administration de 1.0 µg/kg d’oréxine par voie intra-nasale était plus efficace que 10 µg/kg par voie intraveineuse chez les animaux en privation de sommeil. Chez les animaux sans privation du sommeil, seule une dose très élevée de 10 µg/kg par voie intraveineuse avait des effets sur la performance. Les changements en CMRglc observés suite à une privation de sommeil étaient améliorés par l’oréxine, et encore une fois, la route intra-nasale était plus efficace que la voie intraveineuse.

Chez le singe privé de sommeil, l’oréxine et l’ampakine (CX717) ont tous les deux montré leur efficacité dans la normalisation de la performance cognitive. Si l’amélioration de la performance cognitive chez l’adulte reste le « Saint Graal » pour les compagnies pharmaceutiques, l’amélioration de la performance cognitive chez les patients en privation de sommeil ne manque pas d’intérêt non plus, et les résultats des essais éventuels chez l’humain seront attendus avec impatience par les militaires et bien sûr par tout médecin de garde…
 

Porrino L, Daunais J; Rogers G, Hampson R, Deadwyler S Facilitation of Task Performance and Removal of the Effects of Sleep Deprivation by an Ampakine (CX717) in Nonhuman Primates PloS Biology 2005;3;9.e299
 
Ecrire un commentaire
Voir les 0 commentaires
Presque quarante ans après que les règles de montage et du scoring des polysomnographies aient été mises en place par Rechstaffen and Kales (1968), le scorage des stades du sommeil évolue. Un excellent atelier, chapeauté par le Dr Joël Paquereau à Nantes, a fait connaître ces changements aux somnologues français.

Pourquoi ?
Ce n’est pas le sommeil qui évolue mais plutôt le plateau technique mis à disposition des somnologues, ainsi que le but des enregistrements. Les enregistrements sont tous numérisés, visualisés sur écran à haute définition et non plus sur des feuilles de papier. La vaste majorité des somnologues travaille dans la clinique, tandis que les règles du scoring ont été mises en place plutôt aux fins de recherche. Y a-t-il un intérêt à distinguer le stade 3 du stade 4 tout en sachant que nous allons par la suite analyser la répartition des stades du sommeil selon la totalité du sommeil lent profond ? Comment préciser l’endormissement chez un patient sans rythme alpha ? Quand terminer le stade du sommeil paradoxal ? Sur les critères de l’EEG ? Quand il n’y a plus de mouvements oculaires rapides ?

Qui propose ces changements ?
Une fois encore ce sont les Américains (ou plutôt l’AASM, l’American Academy of Sleep Medecine) qui ont formé un groupe de travail et sorti un manuel de scoring flambant neuf, destiné à remplacer les photocopies usées du manuel de Rechstaffen and Kales qui trainent dans chaque service du sommeil. Intitulé ‘The AASM Manual for the Scoring of Sleep and Associated Events: Rules, Terminology and Technical Specification’ et disponible sur le site de l’AASM, il détaille toutes les modalités du montage et du scorage.

Quoi de neuf ?
D’abord il propose de faire évoluer le montage des électrodes vers un frontal, un central et un occipital, référé à un mastoïde du côté opposé. Les avantages sont une meilleure détection des complexes K en frontal et de l’alpha en occipital. Ensuite, le scorage est fait à 30 secondes la page (la plupart des labos en France lisent à 20 secondes la page) avec l’avantage de la rapidité. Enfin, les règles de scorage des stades du sommeil changent, le changement le plus dramatique étant sans doute le remplacement des stades 3 & 4 par un stade « N3 » scoré à partir du moment où plus de 20% de la page est remplie par les ondes de fréquence 0,5 – 2 Hz.  Le SP évolue aussi, avec la possibilité de continuer en SP en absence de mouvements oculaires rapides si l’EEG reste de faible amplitude sans complexe K ou fuseaux avec un EMG faible.

Envie d’en savoir plus ?
Le manuel de scoring de l’AASM est publié – ou trouver la synthèse, en anglais, dans le journal of Clinical Sleep Medecine, également téléchargeable en cliquant ici.

Bonne lecture !
 
Ecrire un commentaire
Voir les 0 commentaires
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés