Portraits

Le témoignage d'un patient

 

C'était il y a une quinzaine d'années. Parce que depuis pas mal de temps je savais que je m'arrêtais de respirer lorsque je dormais - du moins, on me l'avait dit -, parce qu'au lever j'avais l'impression d'être plus fatigué qu'au coucher et que cela empirait, parce que des envies pressantes entrecoupaient ce sommeil non réparateur, parce qu'à force d'écouter ou de lire des infos sur ce sujet j'avais fini par comprendre, j'ai téléphoné à un centre du sommeil, à Clamart en l'occurrence.

J'ai donc demandé la marche à suivre par un supposé apnéiste en chambre. Un questionnaire en retour, puis une convocation dans la foulée. Une décision tout aussi rapide du spécialiste de me prescrire et de m'équiper d'une CPAP, de quoi assurer « une ventilation spontanée en pression positive continue ». Sur place, sur le champ. Là, j'avoue que, même préparé, je me suis trouvé un temps désemparé. Il fallait se faire à l'idée désagréable de passer une partie de vie connecté à une machine.

« SAS », royal comme appellation. Son Apnée Sérénissime ? Non. Un petit côté espion ? Non plus. Syndrome d'apnées du sommeil, bingo ! Tu l'as.
- Vous ne manquez pas d'air !
- Eh bien si, justement.

 

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Mauvais débuts, pour le traitement. Le type également appareillé qui partageait cette chambre, que je ne trouvais décidément pas si hospitalière que ça, s'est réveillé en pleine forme. Ravi, le bougre ! Le jour et la nuit pour lui, en quelque sorte. Il ne tarissait pas d'éloges sur le bienfait immédiat qu'il ressentait. Pas moi. Je ne constatais aucune amélioration spectaculaire. Même pas un petit mieux. En fait, il a fallu pas mal de temps pour adapter cette fameuse pression. Au début, elle a dû être fixée à 17 millibars. Quasiment une tempête dans le nez. Avec des conséquences inattendues pour moi : un stigmate hindou, façon « troisième oeil » au haut du nez, qui saignotait fréquemment. Forcément, plus cela soufflait plus il fallait serrer les harnais, pour éviter les fameuses fuites, plus le masque appuyait de façon pour le moins insistante. Ce n'est pas tout ! À cette époque, j'allais de découverte en découverte. La première avait donc été la rencontre avec cette satanée machine qui, à l'époque, avait la taille d'un minitel et faisait un bruit de frigo en mauvais état. La deuxième, des successions de réglages pour adapter le flux d'air. La troisième fut le réveil difficile de mes muqueuses nasales. Pas d'humidificateur, alors l'air vous arrive comme un vent de sable sans particules. Ah ! le souffle chaud de la machine qui berce vos nuits.

Autre surprise, j'étais encore fatigué. Toujours las, comme resté au point mort. L'apnée fatigue mais lorsqu'elle est compensée, cela n'a normalement plus lieu d'être. De là une série d'investigations qui aboutirent à un autre diagnostic : la mise en évidence d'un syndrome dépressif. Il était associé aux apnées et non leur conséquence. Super ! Une pathologie de plus ! Remarquez, à l'heure actuelle, je compte cinq Affections de Longue Durée. Je ne m'en porte pas plus mal. Même pas une sixième à l'horizon.

Plus tard, j'ai subi une polysomnographie. «Subi» est peut-être excessif. Quoi de plus reposant que d'être déguisé en porc-épic avec des électrodes mutines, d'être filmé, d'être réveillé pour essayer une machine qui décide d'opter pour la pression qui lui plaît, tout au moins de le tenter (je ne l'ai pas supportée, moi). D'autant qu'on vous incite gentiment : « Il faut dormir, maintenant ». Au moins, vous obtenez des infos intéressantes. Passe encore de vous voir bouger brusquement pendant votre sommeil. Le savoir est une chose, le voir en est une autre. Mais surtout, vous obtenez vos performances, façon score. « Combien ? 26 fois par heure ? Et 45 secondes en moyenne ? Ce n'est qu'une moyenne ?? ». Lorsque vous-même avez fait de la plongée, en apnée aussi, vous finissez par vous dire que ce n'est pas impressionnant, surtout si vous ne songez pas (paradoxal, non ?) à additionner les temps sans oxygénation sur une heure. C'est quand vous essayez de le reproduire, consciemment cette fois, que vous en avez le souffle coupé. Un plongeur doué y serait certainement arrivé. Moi pas.

 

— Le harnachement n’a rien d’une muselière.
— Vous plaisantez ?! aboyai-je.

 

Le temps a passé. Curieusement, mon équipement n'a choqué personne. Ni mes proches, ni mes deux enfants. Le matériel a évolué. Bien sûr, de petits incidents sont venus émailler ce parcours tranquille. Une fois, j'ai failli me noyer dans mon lit. Stupidement, j'avais mis l'humidificateur - oui, finalement, j'en avais obtenu un - sur une table de chevet, surélevé donc. Dans mon sommeil, j'ai accroché le tube, l'humidificateur a basculé, l'eau s'est trouvée propulsée dans ma trachée. Je toussais et étouffais avant de réaliser - rapidement - ce qui se passait. J'ai littéralement arraché les harnais et le masque... qui n'a opposé aucune résistance. Là, je tiens à remercier le prestataire de service à domicile. Toujours aussi efficace, elle m'en a envoyé un nouveau en urgence. La prise en charge, les contacts et le suivi réguliers, les remplacements, quelle que soit la région où l'on se trouve, autant de points forts de cette association. Le dernier incident ? La fameuse panne d'électricité en Europe... et dans ma banlieue. Elle tombait mal et moi de sommeil. J'allais donc dormir sans machine. Pour, croyais-je, mieux respirer, je décidais de jouer au - gros - bébé et de placer mon pouce entre mes dents. Un coup à s'en mordre les doigts. EXACT ! Heureusement, cette fameuse panne n'a duré qu'une heure. De toute façon, être obligé de se passer de machine quelque temps ne conduit pas forcément à des catastrophes.

L'appareillage est néanmoins indispensable. Malgré son évolution, il présente toujours quelques inconvénients, du moins pour moi, mais peu conséquents.

Le harnais, d'abord. Je ne sais pas comment je me débrouille mais je suis toujours obligé de le serrer trop. Pour éviter les fuites.

« Fuite importante à la dernière session », qu'elle me signale la machine. Comme si je n'étais pas au courant (aucune référence ici à la panne). « Il faut s'assurer que le masque fasse ventouse », me recommandent toujours les infirmières de l'association qui se succèdent au fil des ans. Je le sais, j'essaie et tout recommence. Les protections du masque ayant changé, je n'ai plus de signe hindou mais une superbe marque frontale auréolée de rouge, à gauche ou à droite, le matin. Désagrément léger et surtout passager. Le masque ensuite. Un peu gênant, certes, mais en cas de pandémie de grippe aviaire chez l'homme, on ne sera pas les seuls à en porter. Ce sera alors le cadet de nos soucis. Non, ce qui me gêne plus, c'est le bruit, rythmé par ma respiration. Celui de la machine et le sifflement de l'air s'échappant du masque. Tout dépend de la position adoptée, en fait. Je ne sais pas vous, mais moi je bouge, la nuit. Du coup, le tube se ballade fâcheusement. De plus, je préfère qu'il surplombe ma tête ; je le coince sous le haut de l'oreiller. Un temps, j'avais même planté un clou dans le mur au-dessus de ma tête et j'y avais attaché un anneau de rideau en bois pour faire passer le serpent-tube. Le jour où j'ai tout pris sur la figure, j'ai décidé de faire sans.

Un jour lointain, cette CPAP de sûreté sera remplacée. Plus près dans le temps, elle sera peut-être allégée, améliorée jusqu'à se faire oublier. L'important, comme dans toute pathologie, c'est comment chacun la vit, comment il s'adapte à ce dont la médecine dispose, comment il exprime son ressenti.

C'était le mien.

Le loir cool

 

          

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Une Association, pour quoi faire ?

 

L’association française de narcolepsie cataplexie (ANC) a 20 ans. La question du « pour quoi faire ? » peut paraître anachronique, elle renvoie à nos buts et au « comment faire et pendant combien de temps ? »


1- Information des malades et de leurs proches.

Moins de la moitié des 12 000 à 18 000 cas de narcolepsie cataplexie sont diagnostiqués en France, avec un retard moyen de 10 ans. Hypersomnie idiopathique et syndrome de Kleine Levin sont les autres pathologies.

Aider et informer les malades et leur famille est la part la plus conséquente du travail de secrétariat.

Le soutien aux malades est inefficace sans les réseaux relationnels du milieu social, objet de demandes et d'actions d'information.

Le grand public, les médecins, les travailleurs sanitaires et sociaux, dans leur majorité, restent souvent ignorants de ces pathologies.

 

2- Recherche de solutions.

Problèmes

Le dépistage est insuffisant, malgré l’augmentation des consultations médicales. Auprès des malades, l’information est toujours à refaire : les personnes changent, les connaissances évoluent, les malades se renouvellent et les militants manquent.

Les problèmes varient d’une personne à l’autre :
- délai entre déclenchement et diagnostic,
- âge,
- gravité des symptômes,
- complexités thérapeutiques
- prise en charge insuffisante,
- caractéristiques du milieu,
- connaissances par le praticien et les professionnels,
- acceptation et capacités de réadaptation.

L’accompagnement est difficile pour nos militants et nécessite des formations. Le développement des antennes locales devrait améliorer ce travail d'éducation à la santé.

Cette action des militants ne peut remplacer l’accompagnement médical. Cependant, certains médecins somnologues ne peuvent matériellement pas garantir ce suivi mais "oublient" de parler de notre association pour l'assurer de façon complémentaire. Nous n'intervenons pas seulement dans des situations difficiles, mais nous regroupons tous les malades en essayant d'améliorer la complémentarité d'une aide que les médecins ne pourront jamais apporter. Souhaitons que les médecins le comprennent en relayant cette information !

Des attitudes opposées aux conduites à tenir existent encore : prescription d'antidépresseurs augmentant la somnolence, surstimulation des fonctions d'éveil plutôt que la sieste, humiliation d'enfants considérés comme paresseux, drogués ou simulateurs. Sans relâche, les militants de notre association donnent l'information la plus juste et la plus claire possible pour pallier ces ignorances parfois dramatiques.

 

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Moyens

Dans l'écoute téléphonique individuelle, les personnes recherchent un soutien de proximité et un réseau de bénévoles existe. Nous encourageons (deux par an) les formations à l’écoute.

L'activité de groupe de rencontre pour les familles des malades a obtenu des résultats positifs.

L'information moderne doit utiliser tous les types de médias. L'ANC a réalisé différentes brochures visant le grand public, les milieux scolaire, sanitaire, social et médical. Notre bulletin « Paradoxalement Vôtre » produit 4 numéros annuels. Autant que possible, nos adhérents participent à des interviews : presse, télévision, autres médias.

Notre vieux site Internet est souvent consulté mais possède des failles. Il est en phase de refonte et nous espérons voir sa nouvelle mouture, plus professionnelle, conviviale et pratique avant 2007.

Nous participons aux congrès professionnels ; c'est notre façon de rechercher l'information où elle se trouve et de montrer notre intérêt aux chercheurs et aux professionnels qui travaillent pour comprendre les mécanismes et donner pistes et moyens pour faire face à ces pathologies.

Les "séjours jeunes" organisés pour regrouper, informer et aider les jeunes diagnostiqués et démarrés en 1994 par des week-end, sont devenus en 2002 des "séjours jeunes" d'une semaine. 2006 verra le bilan de ces 12 ans.

Nous sommes aussi sollicités, pour des demandes de soutien financier, par des adhérents sportifs ou pour des avis techniques : le vice président de notre association, en poste au moment du tournage du film "Narco", a conseillé Guillaume Canet. Cette année 2006, une adhérente participe à la "TALL SHIPE RACE" dont certains équipages se consacrent à des programmes en faveur d'handicapés : occasion de faire connaître l'ANC.

 

3- Soutien à la recherche

Nous participons aux formations des associations de malades de l'INSERM pour mieux comprendre et assurer leur obligatoire collaboration à toutes les étapes des protocoles de recherche.

Molécule de référence des hypersomnies, nous avons participé aux essais cliniques du modafinil, aux évaluations du traitement et des conséquences psychosociales de la maladie. De différentes manières, nous collaborons aux recherches sur d'autres types de molécules et d'autres thérapeutiques.

Nous avons attribué deux bourses de recherche, l’une sur la génétique familiale et l’autre sur l’impact du réveil forcé. Nous reprenons, de façon plus régulière, cette pratique en attribuant, cette année, une bourse de thèse pour des travaux en neuroscience.

Nous allons redynamiser le Conseil scientifique : renouvellement des membres et sollicitation pour répondre aux besoins.

Nous comptons sur le Plan « Maladies Rares » et sur les missions des Centres de références pour peu qu’elles soient bien comprises par leurs acteurs.

L’association a développé des partenariats avec la Société Française de Recherche sur le Sommeil (SFRS), avec d’autres associations de malades en France ou à l’étranger. Nous adhérons à EURORDIS, à l’Alliance des Maladies Rares et nous faisons partie des membres fondateurs de l’Institut National de la Vigilance et du Sommeil (ISV).

 

4- actions 2006

Cette année sera l'occasion des bilans et des projets :

  • - correspondants locaux et antennes régionales,
  • - bilan des "séjours jeunes",
  • - travail en commissions et par thématique,
  • - moyens et techniques de communication,
  • - plan national maladies rares et maisons départementales du handicap,
  • - soutien à la recherche.

 

Troubles du sommeil, connaissance et fonction vitale du sommeil : après 6 journées nationales sur le sommeil, ces sujets ne sont plus tabou. Cependant, la médecine du sommeil n’est pas encore une spécialité. Les problèmes du sommeil doivent devenir une préoccupation gouvernementale de Santé Publique. Plus les partenaires - malades, familles, associations, médecins cliniciens ou chercheurs et autres professionnels engagés dans les différents types de recherche sur la question ainsi que les différents financeurs - travailleront de façon complémentaire, plus nous aurons une chance d'aboutir.

 

          

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Trésorier du Réseau Morphée

 

 
Le Docteur Philippe CLÉRY-MELIN est Médecin Psychiatre.
Il dirige un petit groupe d'établissements psychiatriques privés,
dont la Maison de Santé de Bellevue à Meudon et
la Clinique du Château de Garches.
 
Il est membre fondateur du Réseau Morphée.

 

 

Des réseaux de soins aux réseaux de santé

Même s'il y a loin du projet à la mise en oeuvre, et de la préparation à la réalisation, on voit bien que les réseaux de soins sont appelés à se développer et à devenir un mode d'organisation privilégié de notre système de santé.

On parle bien ici des organisations de type réseaux de soins, au sein desquelles plusieurs équipes de professionnels de santé coopèrent à une meilleure prise en charge des patients présentant un même problème d'ordre médical ou médico-social. Cette coopération est établie notamment en appliquant des protocoles coordonnés et en s'astreignant à mesurer l'efficacité et l'utilité des actions entreprises. On est donc loin d'un « travail en réseaux traditionnels » fondé sur les affinités qui peuvent exister entre des praticiens qui s'estiment.

 

Depuis 2002, les réseaux sont désormais régis par le seul Code de la Santé, sur financement spécifique prélevé sur une enveloppe ad-hoc. C’est donc l’ensemble des frais – de structure et de soins – qui sont rémunérés sur cette enveloppe. On prête à la tutelle l’intention de « flécher » assez précisément ces investissements sur quelques pathologies bien ciblées : soins palliatifs, diabète… là où l’interface ville/hôpital est, a priori, plus accessible.

A leur retard près, les réseaux semblent donc bien partis. Mais il ne faut pas se leurrer, les avatars qui peuvent contrarier leur développement restent nombreux. La question du financement, c'est à dire le mode de rémunération des médecins et les budgets hospitaliers reste cruciale. De plus, faire travailler ensemble différentes professions de santé selon des protocoles de soins nécessairement contraignants reste très difficile, d'autant que ces protocoles définissent de fait les profils de compétences et d'activités des professions concernées. Des conflits sur les zones frontières de ces compétences et de ces activités sont donc très probables.

Par ailleurs, jusqu'à ce jour, ces différentes professions de santé ne peuvent guère s'appuyer sur une « culture commune » qui leur rendrait plus naturelle la perspective d'un travail réellement coopératif entre elles. De ce point de vue aussi les choses pourraient évoluer avec l’institution récente d'une nouvelle première année des études où passeraient aussi bien les futurs médecins, pharmaciens et finalement l'ensemble des actuelles professions de santé.


La définition des réseaux de santé
« Les réseaux de santé ont pour objet de favoriser l’accès aux soins, la coordination, la continuité ou l’interdisciplinarité des prises en charge sanitaires, notamment de celles qui sont spécifiques à certaines populations, pathologies ou activités sanitaires[…] Ils sont constitués entre des professionnels de santé libéraux, des établissements de santé, des institutions sociales ou médico-sociales, ou des organismes à vocation sanitaire ou sociale, ainsi qu’avec des représentants des usagers. Les réseaux de santé qui satisfont à des critères de qualité ainsi qu’à des conditions d’organisation, de fonctionnement et d’évaluation fixés par décret, peuvent bénéficier de subventions de l’Etat, dans la limite des crédits inscrits chaque année à cet effet dans la Loi de Finances, de subventions des collectivités territoriales ou de l’assurance-maladie, ainsi que de financements des régimes obligatoires de base d’assurance maladie, pris en compte dans l’ONDAM ».
(Loi du 4 mars 2002)

 

          

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